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P. LUC 2019

Le blog du Père Luc – Films, livres, musiques, etc.

[où il est question de films, de livres, de musiques, etc. par un religieux de la Congrégation des Sacrés-Coeurs (Picpucien)]

=> http://lucschweitzer.over-blog.com/
20190312 – Cinéma

Damien veut changer le monde_

DAMIEN VEUT CHANGER LE MONDE

Un film de Xavier de Choudens.

Quand il est question de militantisme, d’engagement politique, de combat pour une société plus juste, on en vient souvent à faire le constat que, par rapport à leurs aînés, les plus jeunes semblent moins impliqués, plus en retrait, pour ne pas dire plus égoïstes. Les associations caritatives et les mouvements à caractère politique peinent à recruter, ce que ne contredit d’ailleurs nullement la révolte des gilets jaunes.

Ce constat, cependant, ne peut se suffire, il faut aussitôt le pondérer en observant que ni la générosité, ni l’altruisme, ni le souci des plus faibles ne font défaut aux plus jeunes. La différence d’avec les aînés, c’est qu’ils hésitent peut-être davantage à s’engager à long terme. Mais face aux injustices flagrantes, plus d’un peut se montrer capable d’abnégation, de dévouement, même si ce n’est que pour un temps déterminé et sans besoin de s’inscrire à quelque groupement que ce soit.

Ce film de Xavier de Choudens vient à point nommé pour illustrer ce sujet. Pas plus que sa sœur Mélanie (Camille Lellouche), le personnage central, Damien (Franck Gastambide), n’a éprouvé le besoin de suivre les traces de ses parents qui s’étaient illustrés par leurs engagements politiques et leur militantisme. Mais lorsque l’un des élèves de l’établissement scolaire où il travaille comme surveillant est menacé d’être expulsé avec sa mère du territoire français parce que cette dernière est sans papier, il n’y a guère de place pour l’hésitation. Sans devenir un militant comme son père, Damien prend fait et cause pour l’enfant et sa mère.

Sa détermination est si grande qu’elle le conduit sur des chemins qu’il n’imaginait pas. Quand on se mouille pour les autres, cela peut mener à des situations totalement inattendues. Il faut prendre des décisions qui engagent vraiment, même si, au départ, on ne s’est laissé guider que par un simple élan du cœur. Damien ne changera sans doute pas le monde, mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne fait pas les choses à moitié.

D’un point de vue purement cinématographique, il n’y a certes pas de quoi s’extasier avec ce film. Mais qu’importe ! Même s’il paraît par moments quelque peu naïf, le plus important, c’est qu’il fait un bien fou et qu’il est joué par d’excellents interprètes. Que demander de mieux à un tel film ? Dieu sait si on a besoin d’un peu d’optimisme et d’une bonne dose de générosité par les temps qui courent !

7,5/10

Luc Schweitzer, ss.cc.

20190303 – Cinéma

Celle que vous croyez

CELLE QUE VOUS CROYEZ

Un film de Safy Nebbou.

Changer d’identité, vouloir entrer dans la peau d’un autre… Ce fantasme avait été remarquablement exploré par Julien Green dans son roman intitulé « Si j’étais vous ». Paru en 1947, ce livre racontait comment un personnage prénommé Fabien se retrouvait doté du pouvoir extraordinaire de devenir à volonté quelqu’un d’autre. Tel un nouveau Protée, il passait d’une apparence à une autre, jusqu’à ce que tout se résolve de manière tragique. Eh bien, ce sujet continue de stimuler l’imagination des raconteurs d’histoires, preuve en est le roman de Camille Laurens intitulé « Celle que vous croyez » (2016) dont voici aujourd’hui l’adaptation au cinéma.

Entre 1947 et aujourd’hui, le sujet s’est même enrichi d’une nouveauté. Ce qui, pour Julien Green, était de l’ordre d’un récit à la limite du fantastique, est aujourd’hui autre chose qu’une simple chimère. Du fait de Facebook et autres réseaux sociaux disponibles sur Internet, il est réellement possible, de nos jours, de prendre une autre identité, un autre nom, une autre apparence. On peut se faire passer pour quelqu’un d’autre et l’on peut tellement se prendre à ce jeu qu’on finit par être réellement une autre personne. Du moins s’en persuade-t-on.

Ce piège redoutable, vertigineux, c’est celui dans lequel tombe Claire (Juliette Binoche), une universitaire, professeure de littérature d’une cinquantaine d’années, à partir du jour où elle réalise que Ludo (Guillaume Gouix), son amant, beaucoup plus jeune qu’elle, l’a plaquée. Résolue à en savoir davantage, Claire cherche à espionner ce dernier sur Facebook et, pour ce faire, se crée une fausse identité. Rien de plus simple : quelques données à enregistrer, quelques clics, et le tour est joué. Or ce jeu dangereux conduit aussitôt Claire à entrer en contact avec quelqu’un d’autre que son ex-amant, en l’occurrence le colocataire de ce dernier, Alex (François Civil), un garçon qui se laisse rapidement enjôler. Se faisant passer pour Clara, une jeune femme de 24 ans, Claire est vite grisée par son pouvoir de séduction, au point qu’elle perd quasiment sa propre identité ou, en tout cas, a du mal à la retrouver. N’est-ce pas enivrant de charmer un beau garçon comme Alex ?

L’engrenage des mensonges donne le vertige. C’est magique, d’être quelqu’un d’autre, quelqu’un de jeune, quelqu’un de désirable. C’est exaltant d’en arriver à échanger par téléphones interposés et de percevoir que l’interlocuteur est sous le charme.  Mais les fabulations en engendrent toujours d’autres, ce qu’une psychothérapeute jouée par Nicole Garcia essaie de mettre à nu, afin de faire la vérité là où il n’y a qu’apparence et tromperies. Ces rencontres-consultations ponctuent un film très savamment construit, de manière à égarer quelque peu le spectateur avant de lui donner la clé de ce qu’il vient de voir. Une des surprises du film, c’est précisément d’avoir réussi, à partir d’une idée simple, à construire une intrigue à rebondissements qui lui donne une allure de quasi thriller. Et puis, dans le rôle de Claire, Juliette Binoche excelle : on veut bien la croire quand elle affirme qu’elle n’est plus elle-même mais Clara, son avatar ayant la grâce d’une jeune femme de 24 ans. Ce qui ne l’empêche pas d’être comme transparente aux yeux de son amant virtuel, le jour où tous deux se retrouvent réellement l’un en présence de l’autre. Les petits jeux auxquels on peut se livrer sur Internet ne mènent qu’à des désillusions ou pire encore. N’y a-t-il pas là quelque chose comme une version moderne des « Liaisons dangereuses », l’ouvrage de Choderlos de Laclos que Claire enseigne à ses élèves de l’université ?

8/10

Luc Schweitzer, ss.cc.

20190221- Cinéma

Grâce à Dieu

GRÂCE À DIEU

Un film de François Ozon.

« Laissez les petits enfants et ne les empêchez pas de venir à moi ; car c’est à leurs pareils qu’appartient le Royaume des Cieux » (Mt 19, 14). « …ces mots, écrit Christine Pedotti dans un ouvrage on ne peut plus pertinent intitulé Qu’avez-vous fait de Jésus ?, sonnent désormais comme une condamnation, ils évoquent le spectre de la perversion des abuseurs et l’horreur du système qui les a protégés. » (p. 12) Or, mis à part le Notre Père qui est prié, on pourrait dire imposé, lors d’une des scènes de ce film, le seul extrait des Évangiles dont il y est fait mention, c’est précisément cet extrait-là, lu en séance de catéchisme par Bernard Preynat en personne. Il suffit à François Ozon de cette scène-là et de quelques autres, rappelant les agissements de cet homme à l’occasion des camps de scoutisme qu’il accompagnait ou de ce qui se passait derrière les portes du local « photo » d’une des paroisses où il fut nommé, pour faire entrevoir les crimes dont il est supposé s’être rendu coupable, crimes d’autant plus ignominieux qu’ils furent commis, à de nombreuses reprises, par un homme d’Église.  Or, on le sait, le scandale n’est pas seulement le fait d’un homme, mais d’une institution, l’Église, et de ses dirigeants, les évêques, qui ont étouffé sous une chape de silence les agissements de Bernard Preynat et d’autres prêtres supposés coupables de crimes similaires.

Bien sûr, il n’est pas question de se substituer aux décisions de justice ni d’ignorer la présomption d’innocence, ce qui est d’ailleurs indiqué au terme de ce film. François Ozon s’est inspiré d’une affaire fortement médiatisée pour réaliser une fiction, tout en conservant cependant les noms des divers protagonistes. On pourra toujours ergoter à ce sujet. Rien, dans le film, n’a été inventé « qui n’ai déjà été porté à la connaissance du public », comme le rappelle le cinéaste lui-même. Pourquoi peut-on quand même affirmer avoir affaire à une fiction dans ce cas ? Tout simplement parce qu’il ne s’agit pas d’un documentaire sur l’affaire Preynat, mais bel et bien d’un film doté d’un scénario, d’une mise en scène, d’un point de vue de cinéaste et des interprétations de divers acteurs.

Or le point fort le plus évident du film, c’est d’avoir tout misé sur les personnalités et les parcours de trois protagonistes (auxquels on peut adjoindre le personnage joué par Éric Caravaca, mais qui reste plus schématiques que les trois autres). Trois victimes du Père Preynat qui, bien longtemps après les faits, découvrent avec stupeur que ce dernier est toujours en fonction, trois individus aux caractères et aux trajectoires très différents que l’indignation conduit à se rencontrer et à s’unir. C’est une des grandes qualités du film, que de mettre en scène des personnages aussi dissemblables, mais qui ont pour point commun d’avoir été abusés et irrémédiablement perturbés par Bernard Preynat. Des trois, celui qui paraît le plus stable se prénomme Alexandre (Melvil Poupaud). Il donne le sentiment d’avoir une vie rangée : il est marié, père de cinq enfants scolarisés dans un établissement catholique et semble avoir gardé la foi. C’est pourtant par lui que se met en branle l’affaire car c’est lui qui, le premier, découvre que le Père Preynat est toujours en contact avec des enfants. C’est lui aussi qui, le premier, écrit au cardinal Barbarin, avant de se mettre à rechercher d’autres victimes du prêtre. C’est ainsi qu’il fait connaissance avec François (Denis Ménochet), un homme marié, mais ayant perdu la foi et ayant refoulé le souvenir des agressions qu’il a subies lorsqu’il était enfant. Homme impétueux, il s’emporte facilement, au point d’éveiller de l’exaspération chez ses proches et, en particulier, chez son frère. Enfin surgit Emmanuel (Swann Arlaud), celui qui, des trois, est le plus marqué, celui qui, en tout cas, mène la vie la plus chaotique. Souffrant de crises d’épilepsie, il estime n’avoir rien fait de sa vie, tout en ayant pour point d’appui sa mère (Josiane Balasko).

Aussi différents soient-ils sur les plans des caractères et des itinéraires de vie, tous trois se rejoignent au moins sur un point : après des décennies de silence, ils osent prendre la parole ! Ce n’est pas pour rien si l’association qui les rassemble se nomme « La Parole libérée ». C’est là, leur grande victoire ! Pouvoir enfin parler, après avoir été contraints au silence à cause des convenances ou de la peur ou simplement du regard d’autrui. Pouvoir parler, même en prenant le risque d’agacer des proches. En fin de compte, le voilà, le grand sujet de ce film : oser prendre la parole. Il faut d’ailleurs remarquer que si, parmi les proches des trois protagonistes principaux, il en est qui réagissent par de l’exaspération, il en est d’autres qui, au contraire, se distinguent par leur soutien. C’est, tout particulièrement, le cas des femmes ou, en tout cas, de certaines d’entre elles, comme l’épouse d’Alexandre ou la mère d’Emmanuel. Dans ce film d’hommes fragilisés, elles font parfois preuve d’une force et d’une détermination qui sont exemplaires et qui font du bien.

« Ce que je fais, affirme l’un des personnages, ce n’est pas contre l’Église, c’est pour elle ». Cette phrase peut s’appliquer au film de François Ozon dans son ensemble. Puisse-t-il contribuer, à sa manière, non seulement à une prise de conscience mais à des changements, voire à des réformes de fond, dans l’Église catholique !  Il y a encore beaucoup de pain sur la planche !

9/10

Luc Schweitzer, ss.cc.

20190213 – Cinéma

Les Drapeaux de papier

LES DRAPEAUX DE PAPIER

Un film de Nathan Ambriosoni.

La vision de ce film a fait surgir, en ma mémoire, plus d’un visage. Comment ne pas songer à tous les détenus qu’il m’a été donné de connaître durant les quelques années où je fus l’aumônier du centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin ? Et je pense, en particulier, à ceux qui, alors que je les avais rencontrés régulièrement sur une durée plus ou moins longue, m’annonçaient un beau jour leur libération prochaine. Plus d’une fois, en ces circonstances, je perçus chez mes interlocuteurs autant d’appréhension que de joie. Et plus la peine d’emprisonnement avait été longue, plus la crainte était perceptible. Bien sûr, la plupart des détenus se réjouissaient lorsqu’arrivait l’heure du départ. Mais combien se demandaient avec angoisse ce que serait leur vie hors de la prison, qui ils allaient revoir, comment se passeraient les retrouvailles, ce qu’ils pourraient faire pour vivre le plus dignement possible ? Parmi eux, certains, je m’en souviens fort bien, ne savaient pas où aller ni qui accepterait de les héberger. J’en ai vu plus d’un, égarés, perdus, tenant en mains le sac poubelle qui leur avait été remis pour porter leurs affaires. Bien sûr, à l’intérieur des centres pénitentiaires, il y a un personnel chargé de l’accompagnement des détenus, mais, comme on le sait, les prisons sont surchargées et il est difficile, sinon impossible, de préparer, comme il faudrait, chaque détenu à son retour à la vie libre.

Ces réalités, ces difficultés de réinsertion quand on sort de prison, Nathan Ambrosioni, le réalisateur des « Drapeaux de papier », les a remarquablement intégrées dans la construction du récit qu’il a imaginé et mis en scène. Lorsque Vincent (Guillaume Gouix) retrouve la liberté, il a derrière lui 12 années d’incarcération. Il a tout à redécouvrir, tout à réapprendre et, pour ce faire, il compte sur le soutien de sa sœur Charlie (Noémie Merlant). Quand cette dernière le voit réapparaître, elle accepte, presque malgré elle, de l’héberger, sachant bien qu’il n’a pas d’autre solution.  La cohabitation, évidemment, ne sera pas toujours au beau fixe. Même si elle rêve d’être une artiste et de vivre de ses talents de dessinatrice, la réalité de l’existence de Charlie s’avère beaucoup plus prosaïque : elle est caissière dans un supermarché et se bat au quotidien avec ses difficultés financières. Elle exige donc de Vincent qu’il se trouve un emploi. Ce qui pose à celui-ci un dilemme : faut-il avouer la vérité ou s’efforcer de mentir ? Quel employeur donnera sa chance à un homme qui sort de prison ?

Pour compliquer encore la situation, il s’avère que Vincent est sujet à des troubles du comportement qui peuvent se manifester par des accès de violence. Et les entretiens avec une psychologue, qui lui ont été prescrits, ne suffisent pas nécessairement à les canaliser. Et puis, il y a la figure du père. Un père qui a renié son fils et qui apparaît, cependant, sans se douter qu’il sera en présence de ce dernier. La scène qui réunit Charlie, Vincent et leur père autour d’une même table est particulièrement intense, émotionnellement très forte et spécialement bien dirigée : tout y converge sur une question de regard (ou de son refus).

Cela dit, de grandes qualités de mise en scène sont également présentes tout au long du film. Nathan Ambrosioni a judicieusement choisi de privilégier les gros plans, ce qui, dans une histoire telle que celle-ci, qui fait la part belle à deux personnages, à leurs émotions respectives, convient à merveille. Quant aux performances des deux interprètes principaux, elles méritent tous les éloges. Guillaume Gouix incarne parfaitement un personnage à la fois fragile, déboussolé et capable de soudaines poussées de violence. Quant à Noémie Merlant, dont le talent ne cesse de s’épanouir de film en film, elle donne à son personnage une extraordinaire densité. Autant de savoir-faire conjugués apportent au film une formidable crédibilité.

8/10

Luc Schweitzer, ss.cc.

20190125 – Cinéma

Green Book

GREEN BOOK : SUR LES ROUTES DU SUD

Un film de Peter Farrelly

Avec son frère Bobby, Peter Farrelly s’était spécialisé dans la réalisation de comédies à l’humour décalé, voire régressif. Il nous revient aujourd’hui, seul aux manettes, avec un film sans aucune comparaison avec ce qu’il avait fait jusqu’ici. Plus d’ironie grivoise flirtant avec le mauvais goût, mais l’histoire vraie de deux hommes que rien ne prédisposait à vivre une aventure commune, une histoire contée comme un hymne à la tolérance.

Cette histoire, c’est celle qu’ont vécu ensemble, en 1962, un certain Tony Lip (Viggo Mortensen), agent de sécurité italo-américain, et Don Shirley (Mahershala Ali), un noir, pianiste de jazz de renommée internationale. Or le premier, s’étant temporairement retrouvé sans emploi, est engagé par le second comme chauffeur pour une tournée de concerts d’une durée de deux mois dans le Sud des États-Unis. Dans ces contrées-là, à cette époque, le ségrégationnisme bat encore son plein. C’est donc un périple à haut risque qu’entreprend le musicien noir ayant pour employé un chauffeur blanc. Pourtant, et c’est une des belles révélations du film, alors qu’il pourrait très bien s’en passer, ses concerts dans le Nord étant couronnés de succès, c’est volontairement que Don Shirley souhaite se produire aussi dans le Sud.

Pour ce faire, il faut être muni du « Green Book », dégradant guide de voyage destiné précisément aux Noirs se hasardant à voyager dans le Sud. On y trouve toutes les adresses réservées pour ces derniers, ce qui, théoriquement, doit leur permettre de se soustraire à toute rencontre inopinée avec des Blancs. On imagine que, dans la réalité, ce n’est pas aussi simple, surtout quand on est un musicien noir invité à se produire devant un public de blancs. Plus d’un incident se produit donc fatalement durant le voyage. Il peut certes arriver que des sudistes blancs daignent accueillir le pianiste noir pour un cocktail, mais lorsque ce dernier souhaite se retirer aux toilettes, il se trouve quelqu’un pour lui indiquer que c’est une cabane au fond du jardin qui sert de lieu d’aisance aux Noirs tels que lui ! Petites et grandes brimades, petits et grands mépris ne manquent pas. Sans parler de l’ahurissement de certains policiers lorsqu’ils réalisent qu’un Noir a pour chauffeur un Blanc !

Mais ce qui fait tout l’intérêt du film, ce qui le fait sortir de la triste banalité du racisme, c’est ce qui se joue entre les deux voyageurs formidablement incarnés par des acteurs éblouissants de justesse. Tous les clichés se trouvent irrémédiablement balayés dès le début de leur périple commun, car on a vite fait de comprendre que, des deux, le plus digne et le mieux éduqué, c’est le pianiste noir. Il y a, chez cet homme, une sorte d’élégance naturelle tout à fait appréciable et qui, jamais, ne dévie du côté de quelque arrogance méprisante que ce soit. Quant au chauffeur, même s’il apparaît plutôt rustaud par rapport à son boss, il n’en adopte pas moins un regard de bienveillance, de compréhension, de respect d’autrui qui fait un bien fou. Ce regard plein d’amabilité trouve peut-être son apogée lorsque Tony Lip découvre que Don Shirley est homosexuel. Entre les deux hommes, en vérité, se noue, sinon une amitié, en tout cas une complicité des plus attachantes. Elle se traduit, entre autres, concrètement, lorsque le pianiste noir vient au secours de son chauffeur blanc peinant et suant en s’efforçant d’écrire des lettres à sa femme. Peut-être Don Shirley trouve-t-il en cette connivence de quoi briser un peu sa solitude. Car, tout au long du film, on ressent fortement combien pèse sur lui l’isolement, lui qui a appris le piano en jouant des œuvres de Beethoven ou de Chopin mais à qui on a fait comprendre que ces musiques-là ne convenaient qu’aux blancs et que, par conséquent, lui se devait de ne jouer que des « musiques de nègre » (ainsi est désigné le jazz) !

Ce n’est évidemment pas un hasard si l’aventure commune des deux hommes s’achève à l’occasion de Noël. Dès le début d’ailleurs, Don Shirley avait promis à l’épouse de Tony Lip que celui-ci serait de retour pour le réveillon. Mais il n’est pas interdit d’y percevoir davantage qu’une promesse tenue. Dans l’Amérique très chrétienne, Noël est fêté partout, y compris, bien évidemment, dans le Sud ségrégationniste. On y célèbre la naissance d’un Enfant venu briser toute barrière entre les hommes, et l’on continue pourtant à en ériger. Fugitivement, lors d’une scène en voiture, on aperçoit les effigies des mages en route vers la crèche, les mages figurant tous les peuples de la terre rassemblés autour de l’Enfant. Comment s’arrangent-ils donc, ceux qui affirment leur foi en Jésus-Christ tout en persistant à entretenir, comme si de rien n’était, leurs préjugés, voire leurs haines, xénophobes ? On est en droit de se le demander.

9/10

Luc Schweitzer, ss.cc.

20190118 – Cinéma

Doubles Vies (1)

DOUBLES VIES

Un film de Olivier Assayas.

L’arrivée du numérique qui s’est rapidement imposé dans bien des domaines, bouleversant les habitudes et les repères de plus d’un responsable, valait bien de faire l’objet d’une fiction de cinéma, d’autant plus que le septième art est l’un des secteurs les plus bouleversés par ce phénomène. Mais c’est le monde de l’édition de livres que Olivier Assayas a davantage privilégié dans son film, mettant en scène Alain (Guillaume Canet), le directeur d’une vénérable maison d’éditions, et Léonard (Vincent Macaigne), un écrivain qui s’est spécialisé dans l’autofiction. Autour de ces deux-là gravitent des personnages investis dans d’autres secteurs, en particulier une actrice (jouée par Juliette Binoche) devenue célèbre pour le rôle qu’elle interprète dans une série policière et une attachée parlementaire (jouée par Nora Hamzawi). Sans oublier une séduisante experte de la transition numérique (jouée par Christa Théret).

Tout l’art d’Olivier Assayas est d’avoir réussi à placer tous ces personnages dans des controverses et des débats au sujet du numérique et des problèmes d’édition en général sans jamais verser ni dans la redondance ni dans des discussions oiseuses paraissant déjà complètement dépassées au moment même où elles sont prononcées. Il y a un peu de cela quand même, il faut le reconnaître, et, peut-être que d’ici peu de temps, le film paraîtra avoir pris un gros coup de vieux. Il perdurera néanmoins comme témoin d’une époque de doutes et de remises en question. Entre tel personnage qui ne jure que par l’édition sur papier, se refusant à lire quoi que ce soit sur une tablette ou une liseuse, et tel autre qui, au contraire, trouve que rien ne vaut, de nos jours, l’écriture de livres numériques, de blogs, voire de tweets, il y a de la place pour de multiples opinions. Les données elles-mêmes varient à la vitesse grand V : ainsi au début du film est-il affirmé par un des personnages que l’édition de livres numériques met en péril l’édition sur papier alors que, lors d’une scène suivante, quelqu’un affirme le contraire.

Quoi qu’il en soit de ces discussions sans fin, c’est le rythme imposé au film qui le rend assez captivant. Les répliques fusent sans arrêt, donnant à certaines scènes un ton, une couleur, un tempo qui font songer à quelques-unes des meilleures « screwball comedies » de l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Cette comparaison est d’autant plus pertinente que, si le film d’Olivier Assayas prend pour sujet celui de l’arrivée du numérique dans le monde de l’édition, il le fait en l’entrelaçant de marivaudages des plus divertissants. Car, bien sûr, entre les divers personnages du film, s’opère aussi un joli jeu de séductions et de tromperies, un jeu d’autant plus piquant, d’autant plus hasardeux, que l’un d’eux, Léonard, est un écrivain qui ne sait écrire que de l’autofiction. Autrement dit, chacune de ses aventures galantes a de grandes chances d’être racontée en long et en large dans son prochain ouvrage. Et même s’il prend soin d’utiliser des pseudonymes, évidemment, personne n’est dupe, personne ne s’y trompe, les allusions aux personnes réelles demeurent on ne peut plus claires. Or, et c’est la jolie pirouette finale de « Doubles Vies » (que, bien sûr, je me garde de révéler), ce Léonard lui-même, écrivain qui ne sait pondre que ce genre de livres plutôt douteux, même lui est capable de devenir l’auteur d’un chef d’œuvre (à condition que ce ne soit pas dans son domaine de prédilection, celui de l’écriture !).

7,5/10

N.B. : Pour la petite histoire, l’une des scènes de ce film a été tournée à la librairie « Le Merle Moqueur », rue de Bagnolet, Paris XXème, une librairie que je fréquente moi-même très régulièrement. Si régulièrement que j’étais présent sur les lieux, le jour où fut tournée la scène en question !

Luc Schweitzer, ss.cc.

20190114 – Cinéma
L'Heure de la Sortie

L’HEURE DE LA SORTIE

Un film de Sébastien Marnier.

Les réalisateurs français ne sont pas réputés pour être très doués dans le genre du film fantastique et, en l’occurrence, du thriller fantastique. Il y a cependant, bien entendu, des exceptions et ce film, sans nul doute, en est une. C’est même un film particulièrement réussi, dosant habilement les ingrédients nécessaires au succès d’une telle œuvre. Preuve, s’il est besoin, que, contrairement à ce que certains se plaisent à répéter, il est tout à fait possible de faire du cinéma de qualité en France, ce que vient confirmer, chaque année, un grand nombre de films.

« L’Heure de la Sortie » est formidablement bien écrit et il est réalisé avec une virtuosité confondante. C’est un film assez complexe, en vérité, car il faut, tout du long, se défier de ce qu’on voit à l’écran en acceptant cette évidence qui est que les apparences sont souvent trompeuses. De plus, et c’est une de ses grandes forces, le film se fonde sur des réalités très contemporaines. Qui n’a pas été marqué, de nos jours, par l’abondance, par la fréquence de plus en plus grande, des catastrophes ravageant des régions entières, catastrophes dont on sait bien que beaucoup d’entre elles sont imputables aux changements climatiques ? Qui n’est pas effaré par la profusion d’images de cataclysmes de toutes sortes diffusées sur nos écrans ? Désastres écologiques, attentats terroristes, crises sanitaires, etc. S’est-on suffisamment inquiété de l’impact que peut avoir cette pléthore d’images sur le psychisme et sur le comportement des plus jeunes, sur ceux qui, saturés de reportages terrifiants, risquent de désespérer de leur propre devenir ?

C’est cette réalité anxiogène que le film prend en compte et c’est en se basant sur elle qu’il bâtit une fiction se déroulant dans le cadre d’un établissement scolaire très huppé. C’est là que, suite au suicide d’un enseignant, arrive le professeur de français chargé du remplacement. C’est l’excellent Laurent Lafitte qui joue ce rôle tout en retenue et chargé d’ambiguïté. Car, si ce professeur quadragénaire, célibataire et grand lecteur de Franz Kafka, devient rapidement la cible de quelques-uns des élèves d’une classe de surdoués (ou d’intellectuellement précoces, comme préfère dire le directeur), il ne tarde pas à se changer lui-même en une sorte d’espion de ces derniers. Tandis que ces quelques élèves s’ingénient à le pousser dans ses retranchements, lui ne manque pas une occasion de les épier.

C’est un jeu inquiétant et morbide qui se met en place. Le professeur, victime de jeunes adolescents qui le harcèlent et même le volent, devient le spectateur intrigué, voire fasciné, d’une petite bande, mal vue des autres élèves, qui volontiers s’isole sur le terrain d’une carrière et non loin d’une centrale nucléaire pour se livrer à des activités troubles et dangereuses. Qu’ont donc en tête ces adolescents, quelle pulsion de mort s’est installée en eux, pour qu’ils s’adonnent à des occupations pour le moins risquées, souvent très violentes ?  Le professeur n’est pas au bout de ses surprises.

Je n’en dis pas davantage pour ne pas dévoiler une intrigue pleine de rebondissements, de surprises, de tension. Mais je veux saluer encore les qualités d’écriture de ce film qui réussit parfaitement la gageure de créer un fascinant suspense au moyen de personnages perturbés mais jamais caricaturaux. Sans oublier sa forte emprise sociologique et politique. Quelle planète léguons-nous aux jeunes générations ? Et avec quels mensonges (sur la question de l’énergie nucléaire, par exemple) nos gouvernants cherchent-ils à nous illusionner ?

 8,5/10

Luc Schweitzer, ss.cc.

20190111 – Cinéma

20190111 Les Invisibles

LES INVISIBLES

Un film de Louis-Julien Petit.

Dans la vie ordinaire, celle de tous les jours, elles sont assurément invisibles, on peut passer à côté d’elles sans même les remarquer. Mais la grâce de ce film vivifiant, c’est précisément de donner à nouveau non seulement une visibilité mais une parole à ces femmes-là. Elles, ce sont les femmes de la rue qui, presque toutes, peut-être pour ne pas avoir à dévoiler leur vraie identité, se sont choisies pour pseudonyme celui d’une célébrité : il y a Lady Di, Brigitte Macron, Dalida, etc. L’une d’entre elles, cependant, se nomme simplement Chantal dans « Les Invisibles » (Adolpha Van Meerhaeghe dans la vie réelle) et elle est l’une des femmes qui y sont les plus présentes et pour cause. Elle possède un don pour la réparation des machines fonctionnant à l’électricité et n’a pas sa langue dans sa poche.

Dès la première scène, le film nous met dans l’ambiance. Les femmes se pressent derrière une grille que vient ouvrir la pétulante actrice Déborah Lukumuena (qu’on avait vue dans « Divines » en 2016). C’est au centre social « L’Envol » accueillant durant la journée les femmes SDF que des visages connus les reçoivent : Audrey Lamy, Noémie Lvovsky et Corinne Masiero y sont les animatrices. Mettre dans un même film acteurs professionnels et non professionnels, cela s’est déjà pratiqué, mais pas toujours avec autant de bonheur que dans cette œuvre-ci.

En se basant sur le travail documentaire réalisé par Claire Lajeunie, Louis-Julien Petit a imaginé une aventure qui, sans jamais dénaturer la dure réalité de la vie des femmes SDF, les entraîne vers un surplus d’entraide et de solidarité. Certes, le cinéaste se garde de tout dépeindre en rose : plus d’une scène montre combien le dialogue est difficile, combien les coups de gueule sont fréquents. Mais, face à la menace qui pèse sur elles, les femmes de la rue comme les animatrices qui les accompagnent et les motivent, s’efforcent de trouver les moyens de s’en sortir. Même un centre social comme celui qu’on voit dans le film peut, en effet, être jaugé selon des critères d’efficacité, voire de rentabilité. Et si l’on estime que le taux de réinsertion des femmes accueillies n’est pas atteint, la menace d’une fermeture ne tarde pas à apparaître. Or toute l’aventure racontée dans « Les Invisibles » nous montre que, quitte même à prendre des libertés avec les règlements, il est possible de trouver ensemble des moyens d’avancer, ce qui veut dire, en l’occurrence, dénicher un logement et un travail à ces femmes.

Pour ce faire, tout en ne dissimulant rien du mépris et de la brutalité avec lesquels les femmes de la rue sont parfois traitées par les autorités (leur camp de tentes démantelé à 5 heures du matin, les femmes étant chassées manu militari), Louis-Julien Petit prend, le plus souvent, le parti de l’humour et de la bonne humeur. C’est un pari gagnant que de mettre en scène des femmes SDF ayant gardé, pour la plupart, un superbe sens de l’humour. C’est de cette façon-là, entre autres, qu’elles expriment quelque chose d’une fierté qu’elles n’ont pas perdue. Même marquées par les épreuves, elles sont restées belles et joyeuses. C’est réjouissant de voir « Lady Di » se trouver un mec et c’est encore plus réjouissant d’admirer l’honnêteté, la transparence de Chantal. Les animatrices du centre social ont beau lui expliquer qu’il n’est pas nécessaire de tout dire pendant les entretiens d’embauche, rien n’y fait : Chantal ne peut s’empêcher de révéler que sa formation de réparatrice, c’est en passant par la case « prison » qu’elle l’a acquise.

On n’oubliera ni leurs visages ni leur gouaille ni leur résistance envers et contre tout à ceux qui voudraient leur faire plier l’échine : elles donnent un bel exemple de vie, ces « invisibles » !

8/10

Luc Schweitzer, ss.cc.

20190103 – Cinéma

Bonjour à tous!

Ci-joint ma critique de « Asako I § II », premier coup de cœur cinématographique de cette nouvelle année.

Bien amicalement.

Asako I § II

ASAKO I § II

Un film de Ryûsuke Hamaguchi.

Bien qu’il ait déjà accompli une quinzaine d’années d’activité cinématographique dans son pays, le Japon, ce n’est qu’en mai dernier qu’est apparu en France le nom de Ryûsuke Hamaguchi, à l’occasion de la sortie sur les écrans de « Senses », film de plus de cinq heures mettant en scène le portrait croisé de quatre femmes dont l’une disparait mystérieusement au cours de l’histoire. Aujourd’hui, avec « Asako I § II », c’est du portrait d’une seule femme dont il est question, mais, comme le suggère le titre, d’une femme qui se dédouble ou qui, en tout cas, se présente sous deux aspects dont on ne sait s’ils se complètent ou s’ils s’opposent.

Voilà un film fascinant et troublant, qui n’est pas sans faire songer à « Sueurs froides » (Vertigo – 1958), le chef d’œuvre d’Alfred Hitchcock. Tout comme cette oeuvre était bien davantage qu’un simple film à suspense, le long-métrage d’Hamaguchi dépasse de beaucoup la sorte de bluette romantique à laquelle il s’apparente. Dès le début, nous sommes d’ailleurs invités à entrevoir le caractère énigmatique d’une œuvre qui, petit à petit, donne une sorte de vertige (tiens ! comme dans le film d’Hitchcock !). Asako, en effet, tandis qu’elle visite une exposition de photographiques (parmi lesquelles on en remarque une de deux jumelles), est intriguée par un beau jeune homme. Sortie du musée en même temps que lui, elle ne peut s’empêcher de le suivre sans oser l’aborder. Ce sont des enfants qui jouent avec des pétards qui déclenchent la rencontre. « C’est le destin », affirme ensuite le beau jeune homme qui se présente sous le nom de Baku. Aruyo, la copine d’Asako, a beau la mettre en garde, lui affirmant qu’il faut se méfier d’un tel charmeur, la jeune femme s’en est déjà follement éprise. Or Aruyo avait raison, l’idylle ne dure pas longtemps et, un beau matin, le gracieux mais dédaigneux Baku disparaît comme il est venu.

Faut-il à nouveau invoquer le destin ? Deux ans plus tard, à Tokyo, la jeune femme, alors qu’elle livre du café dans un bureau, tombe nez à nez avec le sosie de Baku : un employé qui lui ressemble trait pour trait tout en ayant une tout autre allure, beaucoup plus sage que le précédent. Néanmoins, c’est avec ce nouveau venu, qui se présente sous le nom de Ryohei, que Asako se décide à partager sa vie. Une vie bien plus tranquille et sans doute beaucoup plus paisible que celle qu’elle avait rêvé de mener avec Baku. Tout ne s’arrête pas là cependant car, cinq ans plus tard, voilà que c’est ce dernier qui réapparaît comme si de rien n’était. Entre temps, il est devenu une sorte de mannequin adulé par les femmes. Asako, elle, a de quoi être troublée : entre les sosies, à la fois semblables et très différents, qui choisir ? Qui aimer ?

Les deux Asako, que suggère le titre du film, sont-elles, d’une part, celle qui rêve une vie aventureuse aux côtés de Baku et, d’autre part, celle qui s’adapte docilement à un mode de vie beaucoup plus classique aux côtés de Ryohei ? Le cinéaste se garde de répondre d’une manière simpliste à cette question. Le dédoublement de la personne est sans doute plus complexe et plus intime que cela. Toujours est-il que, de manière très suggestive et très habile, le cinéaste détourne une histoire d’amour qui, même si elle se divise en deux, pourrait paraître presque banale, pour en faire quelque chose de proprement vertigineux. En fait, le film pose une question toute simple mais à laquelle il n’est pas si facile de donner la réponse : qu’est-ce qu’aimer ? Et comment peut-on être sûr d’aimer (ou d’être aimé par) la bonne personne ? Les apparences sont trompeuses, et la perception des choses et des personnes peut beaucoup différer de l’un à l’autre. Comme la rivière que le compagnon d’Asako trouve sale, à la fin du film, et que celle-ci, par contre, trouve belle.

8/10

Luc Schweitzer, ss.cc.