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P. LUC 2018

Le blog du Père Luc – Films, livres, musiques, etc.

[où il est question de films, de livres, de musiques, etc. par un religieux de la Congrégation des Sacrés-Coeurs (Picpucien)]

=> http://lucschweitzer.over-blog.com/
20180117 – Cinéma

Le rire de ma mère

LE RIRE DE MA MÈRE

Un film de Colombe Savignac et Pascal Ralite.

« Les enfants nous regardent ». Le titre de ce film de Vittorio De Sica, de 1944, était présent dans mon esprit tandis que je découvrais cette oeuvre mêlant subtilement gravité et  légèreté sous les yeux d’un jeune garçon prénommé Adrien (Igor Van Dessel). Les enfants regardent et perçoivent bien davantage que ce qu’on veut leur dire. Dans les deux films, on a affaire à un enfant dont les parents sont séparés, mais la comparaison s’arrête là. Le vrai ressort dramatique du « Rire De Ma Mère » ne se trouve pas tant dans la mésentente des parents d’Adrien, mésentente d’ailleurs très relative, ni dans le fait que le père (Pascal Demolon) ait une nouvelle compagne, Gabrielle (Sabrina Seyvecou), mais dans une réalité plus insidieuse et, en l’occurrence, fatale qui s’appelle cancer.

Marie (Suzanne Clément), la mère d’Adrien, s’affirme, dès la première scène du film, comme une femme de caractère qui n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Elle manifeste un désir de vivre sans compter, quitte à brûler sa vie par les deux bouts, tout en prenant soin de cacher à Adrien la vérité, c’est-à-dire le cancer, le mal qui la ronge et la détruit. Mais le jeune garçon de 11 ans n’est pas dupe ; son regard a perçu autre chose que ce qu’on veut lui montrer et il a compris qu’il se passe quelque chose de grave. Il l’a si bien compris et il en est si perturbé qu’il devient de plus en plus introverti et imprévisible dans ses réactions. Son travail scolaire s’en ressent.

Faire un film sur un sujet aussi cruel que celui de la maladie et de la mort d’une mère est risqué. Pourtant les deux cinéastes qui en signent la réalisation ont parfaitement réussi à éviter de la rendre pesante. Au contraire, malgré son sujet et ne serait-ce qu’à cause du caractère entier de la mère, le film est plein de vitalité, sans cependant éluder aucune des tensions dramatiques qu’on est en droit d’attendre. Tous les personnages sont criants de vérité. D’une certaine façon, la maladie de Marie est l’occasion d’un rapprochement de tous les protagonistes. Et c’est aussi l’occasion d’une recherche de vérité. Le psychologue consulté a beau jeu de dire au père d’Adrien qu’il faut préparer l’enfant à l’inéluctable, mais comment trouver les mots et les phrases qui conviennent ? Il y a de quoi être déboussolé.

Bien des remarques seraient à faire sur les subtilités du scénario. Je me contente de n’en relever qu’une seule. C’est une excellente idée, m’a-t-il semblé, que d’avoir ponctué le film avec la préparation et la représentation de « L’Oiseau bleu », la pièce féerique et symboliste de Maurice Maeterlinck (1908).  Adrien s’étant inscrit à un cours de théâtre, c’est en effet cette pièce qui est proposée et répétée, pièce qui raconte la recherche par deux enfants d’un oiseau fabuleux censé guérir une petite fille de sa maladie. Y a-t-il aussi un « oiseau bleu » dans la vie réelle ? Et que peut-il accomplir si on le trouve ? Guérir la mère d’Adrien ? Ou plutôt aider à surmonter les peurs ? N’est-ce pas là le meilleur des cadeaux pour délivrer le jeune garçon de ses blocages ?

8/10

Luc Schweitzer, ss.cc.

20180106 – Cinéma

Coeurs purs

CŒURS PURS

Un film de Roberto De Paolis.

« Heureux les cœurs purs, ils verront Dieu ». Parmi les jeunes gens qui fréquentent assidûment leur paroisse d’un des quartiers de Rome ou de sa périphérie, il en est qui arborent fièrement cette béatitude imprimée sur leur t-shirt comme un slogan. Le prêtre chargé de leur catéchèse ne manque d’ailleurs pas de leur expliquer que cette pureté du cœur n’est pas sans lien avec la pureté du corps. Autrement dit, pas de rapports sexuels avant le mariage !

En vérité, fort heureusement, ce prêtre, qui réapparaît plus tard au cours du film, commentant l’épisode de la femme adultère, se révèle capable de tenir un discours de bienveillance et de miséricorde et non pas uniquement de fermeté. Et c’est l’un des points forts de ce film que de mettre en scène des personnages bien plus complexes que ce que pourrait faire craindre la simple lecture du synopsis. Il en est ainsi d’Agnese, l’une des jeunes filles membres de cette paroisse, par ailleurs l’un des deux personnages principaux du long-métrage. Sa volonté de rester intacte jusqu’au mariage, elle la tient davantage de sa mère que du prêtre. Ou, en tout cas, c’est par le canal de sa mère, une femme possessive, autoritaire, voire brutale, que se transmet à elle l’obsession de la pureté.

Pourtant l’on sait, dès la première scène du film, que, bien qu’elle apparaisse ensuite fervente pratiquante comme sa mère, Agnese peut aussi s’adonner à des actes faibles, voire indignes. Sa rencontre avec Stefano, un garçon un peu plus âgé qu’elle, elle la doit précisément à cela. Lui, on devine aussitôt qu’il a déjà dû pratiquer plus d’un délit, tout en essayant de se racheter en vivant d’un travail stable. Mais lui aussi, comme Agnese, il n’est pas possible de l’enfermer dans un seul mot ou une seule catégorie: on le devine capable de dureté et on le découvre capable d’indulgence.

Il est vrai que sa relation avec Agnese, quand elle se concrétise, ne tarde pas à tourner à la romance. Dans le cadre du travail, c’est autre chose : car le voilà gardien d’un parking séparé d’un camp de gitans par un simple grillage. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les rapports avec ces derniers sont tendus. Or, semblable à Agnese qui a affaire à une mère autoritaire, Stefano doit tenir compte d’un chef qui n’a pas l’intention de lui faire de cadeaux.

On peut affirmer, me semble-t-il, que le principal sujet du film est la peur de l’autre, la peur de l’étranger qui risque d’enfreindre un interdit et de pénétrer un espace vierge : peur d’Agnese qui, bien que séduite par Stefano, ne veut pas perdre son hymen au risque d’encourir la colère de sa mère ; peur de Stefano qui, bien qu’ayant vu avec stupéfaction Agnese et sa mère venir en aide aux gitans au nom de leur charité chrétienne, ne veut pas laisser ces derniers pénétrer sur le parking au risque de s’attirer les foudres de son chef et de perdre son emploi. Mais qu’advient-il précisément lorsque les barrières sont franchies et les territoires vierges pénétrés ?  C’est ce que l’on découvre dans ce film tourné au plus près des personnages et servi par des acteurs d’un naturel stupéfiant.

8/10

Luc Schweitzer, ss.cc.