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24 mai 2010 – Pélerinage de Pentecôte – Homélie du Père Imbert, Curé du Pôle Lizy-LaFerté

 

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« Bon, comme tu n’as pas cours aujourd’hui, t’en profite pour réviser ton brevet des collèges. D’accord ? Je compte sur toi. Allez, à ce soir ».

 « A ce soir Ppa ».

 S’il croit que c’est facile de se mettre devant des livres toute une journée, alors qu’il y a Roland Garros à la télé, sans parler de la coupe du monde de foot qui arrive et le Tour de France. Ce que j’aime bien avec tous ces sportifs, ce sont les préparateurs physiques : un échauffement, une entorse, un claquage, et hop, un peu de pommade, quelques frictions et massages et ça repart.

Mais pendant ces arrêts de jeu, que de pages de pub, en particulier pour les parfums. C’est un peu normal, on approche de la fête des mères. Tiens si je lui offrais un peu de son parfum préféré. Mais je ne sais plus lequel c’est. Voyons. Oh là là, que de pommades dans son armoire, je ne savais pas qu’elle se met tout cela : « pour retrouver les volumes de la jeunesse » – « j’injecte de l’éclat à ma peau » – « c’est prouvé, cette crème rend la vie plus belle ». La jeunesse, la lumière, la vie : vraiment ils font fort les publicitaires. Ah, voici sa bouteille de parfum ; il n’en reste plus beaucoup. J’aime bien parfois un câlin près de maman. Mais son parfum c’est pratique parce que quand elle n’est pas là, on a l’impression qu’elle est là quand même puisque son parfum c’est comme sa présence dans l’absence.

 Bon, ce n’est pas le tout, il faut que je déjeune : un peu de produit gras pour faire cuire mon steak : « riche en oméga 3 : préservez votre capital santé » : à mon âge, c’est ce qu’il me faut !

 Ensuite j’irai chercher un peu de mélange pour mon deux roues : comme ils disent : « l’huile, c’est l’essence de la victoire. »

 Et le programme télé, qu’est-ce qu’il annonce ? Tiens, samedi soir il y a du catch. Ca, j’aime bien. Je n’arrive pas à savoir si c’est sérieux ou si c’est du cinéma. L’autre jour, il y en a un qui avait été tellement enduit de produit gras pour sa préparation que son adversaire n’arrivait pas à le saisir ; il lui échappait tout le temps. Il faudra que je pense à l’enregistrer parce que samedi soir j’ai aumônerie : çà, c’est bien notre prêtre, il a l’art de trouver des sujets dont déjà on ne comprend pas le titre, alors pour préparer, c’est pas évident. C’est quoi déjà le thème ?: « le chrétien, un autre Christ ». Sûr qu’il doit y avoir un lien entre chrétien et christ. Il me semble que l’on m’a dit que les premiers chrétiens avaient été ainsi appelés pour se moquer d’eux parce qu’ils étaient disciples du Christ. C’est vrai aussi que le curé a insisté l’autre jour, lors du baptême de ma cousine sur le « h » du mot chrême dans l’expression « le saint chrême », cette huile que l’évêque va aussi utiliser pour ma confirmation. Sûrement qu’il y a là un rapport : christ – chrétien – chrême. C’est vrai, j’y pense, l’autre jour en cours de grec, on a appris le verbe « chrio » – « oindre ». Celui-là en français, il n’est pas facile à conjuguer. Mais oindre en grec « chrio » et christ et chrétien et chrême, certainement que cela a à voir ensemble, car c’est la même racine, toujours le « h ». Il va falloir que je pose la question. Parce que si tout cela a un lien, alors les choses s’éclairent : le chrétien c’est celui qui a reçu une onction, déjà au baptême, et bientôt pour moi à la confirmation, avec le saint chrême : consacré, mis à part, oint.

 –      Cela m’évoque la parabole du bon samaritain : le samaritain qui soigne l’homme blessé avec de l’huile et du vin : de l’huile comme pour les soins des sportifs, mais l’huile et le vin, si c’était une annonce aussi du baptême et de l’eucharistie. Celui qui soigne serait le Christ qui prend en charge, qui conduit à l’hôtellerie, qui paie, qui annonce qu’il reviendra.

 –      Cela m’évoque la parabole des vierges sages et des vierges insensées : cinq pensent que c’est le commerce qui va résoudre leur problème, cinq autres savent que c’est leur vigilance qui leur fait entretenir leur lumière allumée pour l’arrivée de l’époux.

 –      Cela m’évoque Marie, la sœur de Marthe et de Lazare : elle va répandre du parfum sur les pieds de Jésus, annonçant par avance la mort de Jésus. Mais pour Lazare, ouvrir le tombeau c’est sentir la mort car voici quatre jours qu’il est déposé, là. Alors que pour Jésus, faire sur lui le geste de l’ensevelissement a pour conséquence que la bonne odeur remplit toute la maison. Et ce geste sera rappelé partout où sera annoncé l’évangile.

 –      Cela m’évoque cette femme qui durant le repas chez Simon le lépreux vient répandre du parfum sur les pieds de Jésus : c’est sa manière de l’accueillir, de le remercier, d’affirmer, par ce geste ambigu, qu’elle manifeste son amour à l’égard de celui dont elle sait qu’il lui a beaucoup pardonné. Ainsi, elle échappe au monde du péché.

 –      Cela m’évoque la première prédication de Jésus dans la synagogue de Nazareth, lorsqu’il ouvre le livre de la Bible et qu’il tombe sur le passage d’Isaïe : « l’Esprit de Dieu m’a consacré ». Il est donc Christ, Oint, Marqué. Il est comme David sur qui Samuel fait couler l’huile contenue dans sa corne pour le consacrer roi ; il est comme Aaron sur qui Moïse fait couler l’huile devenant ainsi le prêtre du peuple d’Israël ; il est comme le prophète Elisée que le prophète Elie a reçu la charge de oindre ; prêtre – prophète – roi.

Et celui qui dans l’évangile incarne ces trois fonctions c’est le Christ lui-même : « il est devenu le grand prêtre pour l’éternité, selon l’ordre de Melchisédech » – «  un grand prêtre s’est levé parmi nous, Dieu a visité son peuple » – « Jésus de Nazareth, roi des juifs – I.N.R.I. »

 Bon, vivement samedi soir, car, à la rencontre de l’aumônerie, il faudra que je leur dise qu’il me semble avoir compris quelque chose du sujet proposé : « le chrétien, un autre Christ » – « L’Esprit du Seigneur est sur moi, pour annoncer, pour m’envoyer, pour proclamer. »

 En attendant, il faut que je travaille un peu, car ce soir papa va me demander si j’ai préparé mon examen. Je ne sais pas s’il comprendrait que je lui dise : « j’ai fait mieux que cela, je me suis préparé à être confirmé comme chrétien dans le monde, à la suite du Christ ».

 Père Henri IMBERT

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